23.avr.2012 10 ans que ça dure…

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17,9%. Le coup est tombé hier soir, comme une surprise. Comme une surprise, ou pas.

« Un vote de crise », « un vote de colère » entend-on, ici ou là. Certes, mais un vote d’adhésion avant tout. Oui, ça fait mal, mais il est temps de l’admettre. Car, rappelons-nous, le score de Marine Le Pen ce 22 avril 2012, c’est à peu de chose près le score qu’avait fait Jean Marie Le Pen au soir du 7 mai 2002 lors du deuxième tour de l’élection présidentielle face à Jacques Chirac. Au 2e tour, pas au premier, détail qui a son importance dans la mesure où le vote de 1er tour est, suivant les résultats, considéré par les politiques soit comme un vote d’adhésion soit comme un vote sanction. Aujourd’hui, le camp Sarkozy penche évidemment pour la première interprétation en espérant ouvertement récupérer la soi-disante colère pour remporter le morceau au soir du 6 mai.

Mais qu’en est-il réellement ?

De colère il n’est pas seulement question. Loin s’en faut. La permanence d’un FN à un étiage de 17% entre 2002 et 2012 devrait être un élément de réponse. Certains objecteront qu’à la présidentielle de 2007, Jean Marie le Pen avait tout juste passé la barre des 10% et qu’une partie de l’électorat frontiste avait été siphonné par le candidat Sarkozy, qui faisait ainsi revenir une partie du troupeau égaré dans le giron républicain. Mais c’est oublier que le candidat UMP avait repris les thématiques frontistes. L’électorat suit une idéologie, plus qu’un candidat. (C’est fort bien expliqué par Guy Birenbaum ici : l’homme qui ne tua pas le lepenisme). En substance, que les thématiques ultra-sécuritaires, stigmatisantes et xénophobes, soient défendues par Marine Le Pen, son père ou Nicolas Sarkozy, n’a aucune importance : elles ne sont pas plus acceptables et restent toujours des thématiques ultra-sécuritaires, stigmatisantes et xénophobes. En draguant le FN sur le terrain de la xénophobie, Nicolas Sarkozy a mis un pied en dehors des valeurs de la République. Qu’il ait pensé avoir la force de s’en préserver est un symptôme d’une arrogance et d’une certaine naïveté ou inconscience qu’on lui connaît déjà. A moins qu’il ait eu parfaitement conscience de mettre en péril la République…

Quant à l’électorat qui suit ces idées, il n’est à proprement parler ni dans le vote de crise ni dans le vote colère, ni dans la sanction. Il fait même preuve d’une remarquable constance. En 2007, la récupération de cet électorat par Nicolas Sarkozy n’est pas un accident, c’est au contraire la manifestation d’un électorat prêt à ce que ses idées soient mises en oeuvre de manière concrète, le fussent-elle par un candidat de la droite traditionnelle.

Il est donc temps de prendre conscience de l’existence de cet électorat là. Dans la classe politique et dans les médias. Il n’y a pas eu de poussée frontiste au soir du 22 avril, mais la manifestation de la permanence des idées d’extrême droite du nord au sud de la France.

Et entendre les responsables politiques, de droite en l’occurrence, passer sous silence le message xénophobe des 17% de Jean Marie le Pen en 2002, et pire en 2012, parfaitement s’en accommoder, marque un point de rupture entre une droite traditionnellement républicaine et gaulliste et une droite héritière de Drieux la Rochelle ou Robert Brasillach.

Alors oui, il faut s’adresser aux électeurs du FN, à cette proportion non négligeable de la population française, mais il est temps de cesser de les déresponsabiliser, de leur trouver des excuses. Ce sont 17% d’électeurs responsables et conscients de leur acte qui se sont déplacés mettre un bulletin Marine le Pen dans l’urne dimanche 22 avril. Considérons-les comme tels. Sous peine d’assister à un schisme de la droite.

Et si Hollande l’emporte le 6 mai, ce ne sera que parce qu’il sera demeuré dans le pacte républicain. Ni plus, ni moins.

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