14.mar.2012 Pour ne pas en pleurer
Suite au dernier dessin que j’ai réalisé sur le blog de Monsieur Oeuf (ce personnage que j’aime tant) j’ai reçu un tombereau d’injures dont je tairai la teneur, j’ai pas que ça à faire. Parmi les gens qui me connaissent même, il y a eu cette interrogation « avais-tu le droit de faire de l’humour avec cette tragédie qu’est l’accident du bus qui a causé la mort de 22 enfants belges en Suisse ? » (cliquer sur l’image pour l’aggrandir).
Paradoxalement, j’ai à la fois été surpris et en même temps je m’attendais à ce qu’on me la pose… Alors j’y ai répondu. Du haut de l’horrible et insondable méchanceté apparente de l’Oeuf.
Ca fait du bien, de temps en temps, dans le brouhaha médiatiques où on voudrait rire tout le temps (mais surtout à propos de rien) de se poser les fesses et de se demander pourquoi on se marre. Périodiquement, ça doit revenir sur le terrain. D’Aristote à Desproges, il y a eu pas mal de pensées extraordinaires sur le rire et l’humour. Aujourd’hui, je tente d’apporter mon grain de sable à la plage.
On enferme souvent l’humour dans une dimension morale : « l’humour, c’est fait pour que les gentils moquent les méchants. » « Le rire serait une arme des faibles à l’encontre des puissants ». Plus con, tu meurs. Je dirais même que rire ou faire de l’humour dans ce but là est un acte pervers. Sadique. Très humain certes, mais du côté détestable de notre humanité.
Sachez-le, le rire et l’humour n’ont aucune dimension morale. Le rire est l’acte le plus nietzschéen du monde : on rit, c’est tout; sans donner une autre vocation au rire que d’exister. On pourrait même dire, ce qui te fait rire te rend plus fort (Regardez Desproges qui a ri de son cancer jusqu’au bout). C’est un acte de vie. Souvent, on rit pour ne pas en crever. C’est pour ça que c’est irrépressible, parfois… Le fou rire d’enterrement en est une preuve. Il est salutaire. On rit aux larmes.
Ce qui me fait dire que l’humour, le vrai, celui qui se manifeste en tant qu’instinct de survie, pour ne pas en crever (je sais, je me répète) ne peut survenir que face à ce qui nous touche. Ce qui nous touche profondément. Comme un accident de car qui tue 22 mioches.
Dans un contexte où l’humour est aujourd’hui au moins aussi corrosif qu’une poudrée de talk sur un érythème fessier (l’humour des caricaturistes politiques en est une manifestation éclatante) oser un trait d’humour sur un crash d’autobus faisant 22 victimes et en rire, c’est admettre : « je suis touché ».
C’est pour cela que j’aime tant l’humour de Desproges, tragique, tellement tragique qu’il en est mort. J’aime aussi l’humour de François Morel, car il part des tripes. Et j’ai découvert ce bijou, pas plus tard que la semaine dernière : à rire ou à en pleurer… à vous de voir.
