26.jan.2011 Valse des journalistes : conscience éditoriale à géométrie variable ?

Bookmark and Share

Ca remue, ça bouge, ça déménage dans la presse depuis la rentrée 2010…

Jugez plutôt (liste de journalistes emblématiques et donc non exhaustive) :

-Nicolas Demorand : passe de France Inter à Europe 1 et d’Europe 1 à Libération

-David Abiker : passe de France Info à Europe 1

-Nicolas Poincaré : passe de France Info à Europe 1

-Laurent Joffrin : passe de Libération au Nouvel Observateur

-Jaqcues Juillard : passe du Nouvel Observateur à Marianne

Voilà une liste de journalistes emblématiques du paysage de la presse française dont la valse, devant les yeux et aux oreilles de nombre de commentateurs des médias et surtout des auditeurs/lecteurs/téléspectateurs ne semble pas plus poser question que ça… Le propos ici n’est pas de juger de ces arrivées/départs parfois rapides des rédactions, mais ces mouvements questionnent sur la conscience et l’engagement éditorial des journalistes, de ceux-là en particulier pour leur caractère emblématique, mais aussi de tous les journalistes. Mais pas seulement, cela interroge aussi sur l’offre journalistique en général… Mais les deux semblent inextricablement liées.

1/ Qu’est-ce qui fait que ces journalistes emblématiques sont amenés à bouger dans des rédactions en apparence fondamentalement différentes dans leur approche éditoriale ?

L’orientation éditoriale de Radio France semble globalement assez éloignée de celle d’Europe 1, par exemple (mais peut-être est-ce là une erreur de lecture, nous le verrons en 2). Est-ce justement cette aventure de l’altérité, la découverte d’un nouveau monde qui pousse les journalistes comme David Abiker ou Nicolas Poincaré à quitter Radio France pour rejoindre Europe 1 ? Ma vraie question est (et elle est posée sans malice) : peut-on à la fois adhérer à la ligne éditoriale de Radio France et à celle d’Europe 1 en tant que journaliste ?

Pour les non journalistes, il existe un processus qui permet au journaliste qui le souhaite de démissionner d’une rédaction tout en ayant les avantages d’un licenciement en cas de changement de rédacteur en chef ou de directeur de rédaction. Cela s’appelle « la clause de conscience ». En gros, si à l’arrivée d’une nouvelle équipe dirigeante le journaliste ne se sent plus en accord avec une nouvelle ligne/politique éditoriale, il peut partir avec les avantages d’un licenciement. La clause de conscience est un des piliers du métier. Elle sacralise la conscience professionnelle et politique du journaliste. Mais, là passer d’une rédaction à une autre aux orientations éditoriales a priori radicalement différentes (l’interview politique de Raphaëlle Duchemin le matin du France Info est assez différente de celle de Jean-Pierre Elkabach sur Europe 1) n’est il pas un coup porté à cette clause de conscience, à cette sacralisation de la ligne éditoriale ?

De là découle la deuxième question…

2/ L’offre éditoriale française est-elle réellement diversifiée ?

Il n’est pas question de porter ici des accusation envers les journalistes qui ont décidé de changer d’environnement, mais de comprendre ce qui, soit les pousse à le faire, soit ne les retient pas de le faire. Et parmi les raisons qui ne les retiennent pas de passer d’une rédaction à l’autre, il y a cette question : l’offre éditoriale est-elle réellement diversifiée ? Si dans la presse écrite, il semble que les lignes éditoriales soient assez clairement identifiables (du Figaro à l’Humanité pour balayer le spectre de droite à gauche), en radio et en télévision, il semble que la ligne éditoriale soit beaucoup plus poreuse. C’est ainsi qu’on a pu voir Nicolas Demorand passer de France Inter à Europe 1. Nicolas Poincaré connaîtra bientôt le même parcours. En radio comme en télé, (passer de LCI au 20h de France 2 comme l’a fait David Pujadas n’est pas innocent), les choses sont floues. A moins d’un tremblement de terre, on n’imagine pas Etienne Mougeotte quitter le Figaro pour aller prendre les rênes de Marianne, pourtant, s’agissant de France Inter / France Info et Europe 1, tout cela paraît moins bizarre…

Et quand Nicolas Demorand passe de France Inter à Europe 1 pour aller à Libé, personne ne semble noter qu’éditorialement, c’est faire une sorte de grand écart. Mais peut-être n’en est-ce pas ou plus un…

Y aura-t-il quelqu’un pour me répondre ??

Comment Pages

There are 4 Commentaires to "Valse des journalistes : conscience éditoriale à géométrie variable ?"

  • [...] This post was mentioned on Twitter by Benoit Deschodt, Benoit Deschodt. Benoit Deschodt said: Nouveau papier : "valse des journalistes, une conscience éditoriale à géométrie variable ?" http://bit.ly/dVPizh #journalisme [...]

  • David dit :

    Tu sais les médias ne sont pas des partis politiques. On change de médias pour essayer d’autres approches de son métier. On peut être fidèle à une vocation et changer d’employeur. Il y a aussi le besoin et l’envie de changer pour ne pas rester trop longtemps dans le même poste. Bref, c’est un métier spécial mais il a aussi des carractéristiques propres à d’autres métiers. J’imagine qu’il t’arrivera un jour, peut-être de changer d’employeur, ou l’as tu déjà expérimenté. J’ai en partie répondu à tes interrogations et pour ce qui me concerne dans ce billet après 5 ans passé à Radiofrance. http://davidabiker.fr/wordpress/mobilite/

  • Benoit dit :

    BonjourDavid,

    merci pour cette réponse qui confirme en partie quelques unes des hypothèses développées ici. L’idée développée dans ton billet sur l’évolution personnelle me semble aussi être une explication fondamentale. Je serais bien mal placé pour juger (terrain sur lequel je ne me place pas ici) dans la mesure où moi-même, j’ai assez souvent changé d’employeur (malgré tout une fois seulement pour désaccord profond avec l’orientation du journal).

    Néanmoins, s’il est vrai que les médias ne sont pas des partis politiques, ils ont, pour les les organes d’information traditionnels, une teinte. Ils restent politisés et, cela se ressent (ou pas) dans la ligne éditoriale. Et c’est l’importance que vous accordez à cette colonne vertébrale qu’est la ligne éditoriale que beaucoup de lecteurs/auditeurs/téléspectateurs questionnent… Car les journalistes emblématiques dont tu fais partie (on se tutoie, allez) sont forcément observés par ce prisme. C’est indéniable…

    Il me semble que c’est un débat dont, dans la profession et à l’adresse du public, on ne peut faire l’économie… Pas plus qu’on ne peut faire l’économie du questionnement sur la pluralité de traitement de l’information, ou de sa non pluralité dont nous sommes souvent accusés.

    En tout cas, merci encore pour ta réponse !

  • wondy dit :

    prix coutant sur les cafetiè… ha pardon. Ce n’est ni li lieu ni l’endroit ni le moment!
    La vachte!! En tous cas on peut dire qu’il est alerte le David pour sniffer internet plus vite que l’éclair sur l’utilisation de son patronyme. Sur le billet, je suis assez d’accord mais je dirais pas avec qui haha. On peut, selon moi et à la manière de ces grands chefs d’entreprise, appliquer des préceptes acquis n’importe ou et à n’importe quel métier/secteur. Au contraire même, je me dis que c’est plutôt sain pour un journaliste de passer de gauche à droite dans la ligne éditoriale, ne serait-ce que pour tester sa propre impartialité face à l’information. Après que le contenu soit « orienté » bon… je dirais que c’est ma vision « hors circuit » du jogging que tous devrait pratiquer. Et puis le grand écart, c’est une figure gymnique.

Commenter

XHTML: You can use these tags: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

NAVIGATION

Pages

Catégories