02.mai.2012 Coming Soon…
MAI 2012… Au moins une bonne nouvelle.
| Du journalisme à la mauvaise foi, il n'y a qu'un pas | Benoit Deschodt … journaliste … |
17,9%. Le coup est tombé hier soir, comme une surprise. Comme une surprise, ou pas.
« Un vote de crise », « un vote de colère » entend-on, ici ou là. Certes, mais un vote d’adhésion avant tout. Oui, ça fait mal, mais il est temps de l’admettre. Car, rappelons-nous, le score de Marine Le Pen ce 22 avril 2012, c’est à peu de chose près le score qu’avait fait Jean Marie Le Pen au soir du 7 mai 2002 lors du deuxième tour de l’élection présidentielle face à Jacques Chirac. Au 2e tour, pas au premier, détail qui a son importance dans la mesure où le vote de 1er tour est, suivant les résultats, considéré par les politiques soit comme un vote d’adhésion soit comme un vote sanction. Aujourd’hui, le camp Sarkozy penche évidemment pour la première interprétation en espérant ouvertement récupérer la soi-disante colère pour remporter le morceau au soir du 6 mai.
Mais qu’en est-il réellement ?
De colère il n’est pas seulement question. Loin s’en faut. La permanence d’un FN à un étiage de 17% entre 2002 et 2012 devrait être un élément de réponse. Certains objecteront qu’à la présidentielle de 2007, Jean Marie le Pen avait tout juste passé la barre des 10% et qu’une partie de l’électorat frontiste avait été siphonné par le candidat Sarkozy, qui faisait ainsi revenir une partie du troupeau égaré dans le giron républicain. Mais c’est oublier que le candidat UMP avait repris les thématiques frontistes. L’électorat suit une idéologie, plus qu’un candidat. (C’est fort bien expliqué par Guy Birenbaum ici : l’homme qui ne tua pas le lepenisme). En substance, que les thématiques ultra-sécuritaires, stigmatisantes et xénophobes, soient défendues par Marine Le Pen, son père ou Nicolas Sarkozy, n’a aucune importance : elles ne sont pas plus acceptables et restent toujours des thématiques ultra-sécuritaires, stigmatisantes et xénophobes. En draguant le FN sur le terrain de la xénophobie, Nicolas Sarkozy a mis un pied en dehors des valeurs de la République. Qu’il ait pensé avoir la force de s’en préserver est un symptôme d’une arrogance et d’une certaine naïveté ou inconscience qu’on lui connaît déjà. A moins qu’il ait eu parfaitement conscience de mettre en péril la République…
Quant à l’électorat qui suit ces idées, il n’est à proprement parler ni dans le vote de crise ni dans le vote colère, ni dans la sanction. Il fait même preuve d’une remarquable constance. En 2007, la récupération de cet électorat par Nicolas Sarkozy n’est pas un accident, c’est au contraire la manifestation d’un électorat prêt à ce que ses idées soient mises en oeuvre de manière concrète, le fussent-elle par un candidat de la droite traditionnelle.
Il est donc temps de prendre conscience de l’existence de cet électorat là. Dans la classe politique et dans les médias. Il n’y a pas eu de poussée frontiste au soir du 22 avril, mais la manifestation de la permanence des idées d’extrême droite du nord au sud de la France.
Et entendre les responsables politiques, de droite en l’occurrence, passer sous silence le message xénophobe des 17% de Jean Marie le Pen en 2002, et pire en 2012, parfaitement s’en accommoder, marque un point de rupture entre une droite traditionnellement républicaine et gaulliste et une droite héritière de Drieux la Rochelle ou Robert Brasillach.
Alors oui, il faut s’adresser aux électeurs du FN, à cette proportion non négligeable de la population française, mais il est temps de cesser de les déresponsabiliser, de leur trouver des excuses. Ce sont 17% d’électeurs responsables et conscients de leur acte qui se sont déplacés mettre un bulletin Marine le Pen dans l’urne dimanche 22 avril. Considérons-les comme tels. Sous peine d’assister à un schisme de la droite.
Et si Hollande l’emporte le 6 mai, ce ne sera que parce qu’il sera demeuré dans le pacte républicain. Ni plus, ni moins.
Après la performance de FOG ce soir dans #DPDA (Des paroles et des actes), je me vois dans l’obligation de vous offrir un épisode de mon futur livre à paraître bientôt : « Les journalistes sont nuls » (galerie de portraits d’archétypes journalistiques).
L’éditorialiste politique est un journaliste comme vous et moi, à ceci près qu’il est certain d’être un rouage du pouvoir.
L’éditorialiste politique est à la chose publique ce que l’éjaculation précoce est à l’amour, un pis-aller. Mais si, dans une certaine mesure, l’éjaculation précoce se soigne, il n’existe en revanche aucun remède à l’éditorialiste. Toutefois, ne soyons pas bégueule, ce dernier est aussi un doux rêveur. C’est un fieffé idéaliste et même un damné utopiste. Bref, c’est un con. L’une des deux dernières assertions était vraie, l’autre fausse ; à moins que ce ne soit l’inverse ; enfin peut-être… En fait il n’a qu’un rêve, briguer un portefeuille ministériel pour montrer que lui, tout journaliste qu’il est, serait parfaitement capable de mettre en pratique ce qu’il préconise à longueur d’analyses politiques qu’elles soient écrites ou télévisées. Mais ça n’arrivera jamais et il le sait. « Et tant mieux », se dit-il.
Car sur un plateau télé, face aux politiques et à l’animateur de la soirée, l’éditorialiste peut tout à fait paraître crédible. Il arrive même parfois que le téléspectateur arrive à le prendre au sérieux. Il faut reconnaître que dans son costume décontracté mais strict, le bonhomme en impose. Le goitre naissant des bons vivants qui renforcent leurs plaques d’athérome à la table des puissants, le cheveu clairsemé voire moumouteux dans certains cas, il assène sa vision de la politique d’un ton professoral. Si l’éditorialiste politique est une femme, elle se doit d’être d’un âge respectable, mais cela ne doit pas se lire à ses rides… plutôt par les coups de bistouris un peu aventureux de son chirurgien esthétique qui aura pris en considération l’orientation probable des spotlights du plateau télé pour retailler qui d’un appendice nasal résiduel, qui d’une pommette saillante et relevée comme un gant face à l’affront de cet éternel emmerdeur qu’est le temps.
Pour étayer ses analyses, l’éditorialiste se réfère souvent aux sondages. Grâce à eux, il peut élaborer des constructions intellectuelles complexes, brillantes même, et s’adonner à un genre très prisé en presse, la politique fiction, sorte de château de carte fondé sur du vent. Mais le sondage est magique. Il permet d’avancer tout et son contraire, tout et n’importe quoi, du moment qu’il y a des chiffres à montrer. Le pourcentage met les gens dans des cases. Soit deux grosses cases en général : les pour, les contre. Du binaire, quoi. Facile à mâcher. Le sondage, c’est un peu la soupe de l’analyste politique édenté. La preuve, il est assez fréquent en réalité que ce dernier porte une prothèse dentaire… Du fait de son grand âge certes, mais surtout de sa surconsommation d’os à rogner que les politiques lui lancent pour qu’il puisse avoir quelque chose à mordre. Vous l’aurez compris, l’analyste politique est très cabot, voire canin. C’est en fait le meilleur ami de l’homme politique. Il n’aime rien tant que se lécher les parties ou se gratter l’oreille sur un canapé de ministère en attendant une petite promenade avec un homme ou une femme d’Etat.
Mais penchons nous sur la bourgeonnante cyno-adolescence de Juste (il me plaît à penser qu’un éditorialiste politique puisse s’appeler Juste) dans son collège parisien. Déjà, il lève le doigt à toutes les questions que pose la maîtresse en criant « Moi ! Moi ! Moi ! Je sais m’dame !! ». En fait, même lorsqu’elle ne pose pas de questions, il lève la patte pour la ramener, ou pour se lécher les parties. Il se manifeste aussi à l’élection des délégués de la classe. Il fait campagne, élabore un beau programme que lui seul comprend, noue des alliances comme un Président du Conseil de la IVe République. Et se ramasse la gueule, comme un Président du Conseil de la IVe République. Il en conçoit d’ailleurs une grande frustration, et malgré son cerveau hypertophié, il n’arrive pas à comprendre pourquoi une telle claque s’est abattue sur sa joue tendre et encore glabre de petit premier de la classe (ce sera une constante dans sa vie d’éditorialiste politique, à ceci près qu’il aura la joue plus flasque au faîte de sa gloire). Du coup, il épie chaque faits-et-gestes de son vainqueur et maître, cet arriviste désagréable et sûr de lui qu’au fond, il regarde avec envie et dévotion, comme un caniche regarde sa maîtresse se faire prendre sur le guéridon du petit salon par le majordome. C’est de la spoliation originelle de cette victoire que la raison appelait pourtant de ses vœux (du moins sa raison) que le goût maladif de l’analyse politique s’insinua dans les veines du petit Juste.
Aujourd’hui, il est si proche du pouvoir qu’il le tutoie, mais seulement en privé. Il doit garder un semblant de distance sur le plateau de télévision. C’est la crise, plus de 10% de la population active est au chômage, des têtes nucléaires made in North Corea sont pointées sur les capitales d’Europe depuis Téhéran, mais ce soir sur le plateau de télé, ce qui agite le cerveau proéminent de Juste, c’est le dernier remaniement ministériel. Un remaniement qui ne veut rien dire et dont tous les chômeurs de France se foutent. A bien y réfléchir, ceux qui ont un emploi aussi. Mais Juste ne se résout pas à laisser aller ce non-événement comme l’enfant regarderait son caca partir en tirant la chasse d’eau. Non, il sera toujours là pour s’extasier devant le spectacle d’une simple merde…
Suite au dernier dessin que j’ai réalisé sur le blog de Monsieur Oeuf (ce personnage que j’aime tant) j’ai reçu un tombereau d’injures dont je tairai la teneur, j’ai pas que ça à faire. Parmi les gens qui me connaissent même, il y a eu cette interrogation « avais-tu le droit de faire de l’humour avec cette tragédie qu’est l’accident du bus qui a causé la mort de 22 enfants belges en Suisse ? » (cliquer sur l’image pour l’aggrandir).
Paradoxalement, j’ai à la fois été surpris et en même temps je m’attendais à ce qu’on me la pose… Alors j’y ai répondu. Du haut de l’horrible et insondable méchanceté apparente de l’Oeuf.
Ca fait du bien, de temps en temps, dans le brouhaha médiatiques où on voudrait rire tout le temps (mais surtout à propos de rien) de se poser les fesses et de se demander pourquoi on se marre. Périodiquement, ça doit revenir sur le terrain. D’Aristote à Desproges, il y a eu pas mal de pensées extraordinaires sur le rire et l’humour. Aujourd’hui, je tente d’apporter mon grain de sable à la plage.
On enferme souvent l’humour dans une dimension morale : « l’humour, c’est fait pour que les gentils moquent les méchants. » « Le rire serait une arme des faibles à l’encontre des puissants ». Plus con, tu meurs. Je dirais même que rire ou faire de l’humour dans ce but là est un acte pervers. Sadique. Très humain certes, mais du côté détestable de notre humanité.
Sachez-le, le rire et l’humour n’ont aucune dimension morale. Le rire est l’acte le plus nietzschéen du monde : on rit, c’est tout; sans donner une autre vocation au rire que d’exister. On pourrait même dire, ce qui te fait rire te rend plus fort (Regardez Desproges qui a ri de son cancer jusqu’au bout). C’est un acte de vie. Souvent, on rit pour ne pas en crever. C’est pour ça que c’est irrépressible, parfois… Le fou rire d’enterrement en est une preuve. Il est salutaire. On rit aux larmes.
Ce qui me fait dire que l’humour, le vrai, celui qui se manifeste en tant qu’instinct de survie, pour ne pas en crever (je sais, je me répète) ne peut survenir que face à ce qui nous touche. Ce qui nous touche profondément. Comme un accident de car qui tue 22 mioches.
Dans un contexte où l’humour est aujourd’hui au moins aussi corrosif qu’une poudrée de talk sur un érythème fessier (l’humour des caricaturistes politiques en est une manifestation éclatante) oser un trait d’humour sur un crash d’autobus faisant 22 victimes et en rire, c’est admettre : « je suis touché ».
C’est pour cela que j’aime tant l’humour de Desproges, tragique, tellement tragique qu’il en est mort. J’aime aussi l’humour de François Morel, car il part des tripes. Et j’ai découvert ce bijou, pas plus tard que la semaine dernière : à rire ou à en pleurer… à vous de voir.
Ce matin, dans la salle 12 du Gaumont Parnasse, il y a comme une odeur de pisse. On se demande même s’ils ne s’y sont pas mis à plusieurs pour pisser sur la moquette, la veille. En tout cas, c’est pas un accident. Ce subit ondinisme était certainement prémédité. Tant pis, je regarderai « Félins » de Disney avec ce je ne sais quoi de remugle de fond de slibard coincé dans les narines. Après tout, voir un Disney avec l’impression d’être sur la ligne 4 à Châtelet, ça peut être dépaysant. Voire déroutant. En tout cas ça fait voyager. Ca ne sent pas du tout comme dans le Masaaï Mara où tout est parfum, mais que voulez-vous, ça sera un permanent étalon de mesure entre l’Humanité et le Règne animal.
Passons rapidement sur le film. Il est beau, touchant, un poil trop d’anthropomorphisme (mais on attrape pas des mouches avec du vinaigre) mais on y voit des fauves splendides. Des félins dans leur plein être.
Et puis je suis rentré à la maison. En redif sur Canal + Décalé , j’ai écouté d’une oreille distraite François Hollande, qui au passage a clairement fait de l’écologie un thème subsidiaire, puis est venu le moment de Kaïra Shopping. Une mini série à l’idée assez drôle à la base : trois Kaïras essaient de refourguer des produits « tombés du camions » au téléspectateur. Sympa l’idée de base. Et absurde, ce qui est assez rare pour être souligné. Et puis… Et puis je suis tombé sur l’épisode où ils essaient de revendre une panthère noire. Une vraie. On la voit, en laisse. C’est là que tout a basculé. Je vous laisse regarder la manière dont est traitée cette panthère noire.
M’est alors venu cette simple question : Quel malheureux crétin arriéré de raclure de fond de chiottes est capable de faire ça ? Une rapide recherche et je tombe sur Franck Gastambide, un des comédiens et ancien « dompteur d’animaux ». Merci, bravo. Exemplaire. Après avoir vu Félin, on sent l’écart. On mesure un peu l’abîme qui sépare le parc du Maasaï Mara de décérébrés essayant à tout prix de faire rire. Et tant mieux. Il n’existera même jamais une assez grande distance. Avec la BA de « Félins », je vous laisse mesurer la crétinerie dans ce qu’elle a de plus insondable. Ne me remerciez pas, elle est propre à notre espèce.
Je vous le dis tout net, j’aime autant l’odeur de pisse de la salle 12 du Gaumont Parnasse…
Le pays du Long nuage Blanc au Fuji X100 : optique fixe de 35 mm. Bonne visite.
C’est ma troisième Coupe du Monde en tant que journaliste.
La première, c’était en 2003… Tony Marsh, le Yach déjà, Rougerie, Poux bien sûr… C’était sous l’ère Laporte. J’ai peu de souvenirs concrets de cette Coupe du Monde. Si, je me souviens d’avoir eu froid. D’avoir grelotté au Telstra stadium de Sydney alors que Dominici laissait ses partenaires sur carton jaune pour avoir laissé traîner une jambe sur le chemin de Robinson. J’ai senti le froid dans la moelle. Mais je n’ai pas pleuré. Le jeu des Français était beau à tomber, Magne au sommet, Ibanez et Galthié splendides… Mais pas réalistes. Pas assez. Sorry Good Game. Laporte avait la technique, il n’avait pas l’âme. Pas encore, me disais-je.
Puis 2007. Plus près encore des Bleus que j’ai suivis jour après jour. J’étais au Millenium, le stylo à la main, la peur au ventre. On avait perdu notre match d’ouverture, chez nous face à des Argentins roublards et embrouilleurs. Je savais, je sentais en foulant la pelouse du Millenium de Cardiff qu’il pouvait se passer quelque chose. Un match. Un exploit. Il a eu lieu, malgré l’en avant. Jauzion finissait le travail de Michalak et Dusautoir déployait ses ailes. Celles d’un oiseau de proie au regard aigu, aux serres acérées. Un grand capitaine naissait dans le combat, dans l’étau d’un match couperet. 18-16. Pour un quart contre les Blacks, c’était inespéré. Les Gars sont allés la chercher avec leur âme. La victoire. Et puis, il y a eu la demie. Laporte s’envolant la veille du match en hélico pour aller s’occuper de ses affaires. Retour sur terre. Les gars étaient encore fourbus du combat de la semaine passée. Elissalde le savait. Mais en soldat, il s’y est filé. Ils s’y sont tous filés. Ils ont perdu. Déception, amertume. Les Bleus n’étaient qu’un enjeu politique, le jouet des ambitions d’un Laporte qui assurait au lendemain de la défaite de la petite finale qu’il n’entraînerait plus jamais… Toulon es-tu là ? Mais je n’ai pas pleuré. Sorry Good Game. Laporte n’avait pas d’âme, définitivement.
Et puis cette année, 2011. Je suis à Auckland. Loin des joueurs. Depuis le début je les vois perdre en finale contre les Blacks. Je ne peux pas expliquer. Ils ont tout pour réussir, sauf qu’ils seront face aux Blacks, je le sais. De mon bureau du Rugby News Service, je guide mon reporter sur place. il prend la température. Scission, pas scission, autogestion et autres conneries… Il me dit tout ce qu’il sait. Je le sens depuis longtemps, cette équipe, ce groupe, a quelque chose. Depuis quatre ans, un homme, Marc Lièvremont, me touche. Il est là, à la tête d’un truc dont il sait que ça le dépasse. Le XV de France. Incompréhensible et attachant. Capable de remporter le grand Chelem en 2010 et de se transcender de médiocrité face à l’Italie un an plus tard.
Le groupe France… trente joueurs. Ces mecs là sont des enfants géniaux qu’un père adorant n’a su contenir. Comme tous les génies, ces (sales) gosses se mentent, se détestent eux-mêmes, se vénèrent parfois, se cherchent incessamment, se noient en même temps qu’ils apprennent à nager en haute mer. Ils tuent leur père. Du moins ils tentent. Car le bonhomme a la peau dure de l’homme accompli.
Marc Lièvremont est un homme debout face au vent mauvais. Marc Lièvremont, un homme que les sanglots étranglent lors de sa dernière conférence de presse. Ni regret, ni remords mais l’amour du jeu, l’amour de l’instant, et l’amour pour ses joueurs et son staff dont il se laisse submerger pour mieux ressentir l’intensité de son sort. Le sort d’un homme qui ne fuit ni ne recule.
Marc Lièvremont est humain, trop humain. C’est un homme droit, maladroit, mort sous la dérobade du dernier appui avant le sommet. C’est un type pour qui, c’est la première fois dans mon métier, j’ai pleuré de compassion.
La seule discussion sur l’arbitrage qui vaille la peine d’être débattue à l’issue de la rencontre est celle d’une éventuelle jurisprudence. Encore faut-il considérer que Alain Rolland, l’arbitre qui a sorti le carton rouge suite au plaquage de Sam Warburton, a interprété de manière originale la Règle de l’IRB sur les plaquages dangereux. Ce dont on peut douter en regardant de plus près le règlement de l’IRB :
La règle 10.4(j) dit : Soulever un joueur du sol et le laisser tomber ou le pousser vers le sol alors que ledit joueur a toujours les pieds en l’air de telle sorte que sa tête et/ou le haut de son corps heurte le sol est un acte de jeu dangereux. Une directive adoptée en 2009, par toutes les fédérations et pour tous les matches officiels, en accord avec le principe de tolérance zéro de l’IRB, au sujet des plaquages dangereux, rappelait aux arbitres : - Le joueur est soulevé et « lancé » sur le terrain (carton rouge) - Le joueur est soulevé et laissé tombé sur le terrain d’une hauteur dangereuse pour la sécurité du joueur (carton rouge) - Pour tout autre type de plaquages cathédrales, un carton jaune ou une pénalité pourra être considéré(e) comme suffisant. Les règlements standards des fédérations, des matches officiels et des officiers de justice soutiennent la politique de tolérance zéro de l’IRB à l’encontre des plaquages dangereux et la promotion de l’intégrité physique des joueurs.
Regardons maintenant le plaquage :
Après visionnage, une chose est claire, l’intégrité physique de Vincent Clerc est largement mise en danger. Ce que fait remarquer très justement l’ancien demi d’ouverture international du XV de la Rose, peu connu pour sa sympathie envers les Français :
Ce qui, traduit donne : « Ca dérange les fans gallois, mais si Clerc se cassait le cou ou si c’est Moody (Lewis Moody, capitaine du XV anglais) qui faisait un plaquage comme ça, vous auriez surement un point de vue différent. Le pays de Galles méritait d’aller en finale, mais pas hier ! »
Après de nombreux visionnages, il n’y a aucun doute : Warburton soulève Clerc et le laisse retomber d’une hauteur dangereuse. La sanction normale est le carton rouge.
C’est en réalité la première fois que la Règle de l’IRB concernant les plaquages dangereux est justement sanctionnée. Alors certes, au vu des états de services impeccables de Warburton (joueur bourré de talent et dont on ne peut douter de la bonne foi lorsqu’il dit qu’il ne voulait pas réaliser un plaquage dangereux) de la manière dont ont été arbitrés les précédents plaquages « cathédrale » , souvent sanctionnés d’un jaune, et de l’enjeu d’une demi-finale de Coupe du monde, on peut trouver la sanction dure.
Dure, certes, mais elle est juste, n’en déplaise à l’entraîneur adjoint Shaun Edwards pour qui Alain Rolland a privé le pays de Galles de la finale et qui en conférence de presse ce matin ne décolérait toujours pas .
Cela marque peut-être le début d’une prise de conscience que la santé des joueurs ne saurait être sacrifiée au profit du jeu. Et au vu de certains comportements sur le terrain, il est temps.